Share on Pinterest
Déséquilibres Actuels
3 janvier, 2017
La Prophétie
8 janvier, 2017
Tout montrer

Prisonniers du temps

Share on Pinterest
More share buttons

Lorsque, face à une dualité, nous pensons posséder l’une de ses deux manifestations, au final, c’est l’autre qui finit par nous posséder. Le temps et l’espace sont des termes duels, ils constituent les deux faces de la même pièce. En prétendant posséder la terre (l’espace), nous avons fini par être possédés par le temps. De nos jours, notre vie est dirigée par le tic-tac de la montre.

Temps circulaire

ESPACE ET TEMPS sont deux concepts duaux. Cela signifie qu’ils sont les deux faces d’une même pièce de monnaie, qu’ils sont la même chose mais exprimée sous deux formes distinctes. C’est pour ça que beaucoup de cultures ont utilisé le même mot pour désigner les deux concepts, comme le mot quechua “pacha” ou le terme sanscrit “akasha”. La science les a appelés simplement espace-temps, et pourtant il y a à peine un peu plus d’un siècle qu’elle s’est rendue compte de cette corrélation.

Comme ils sont les deux faces d’une même pièce de monnaie, ils partagent tous les deux des propriétés communes, car sur une pièce de monnaie une des faces ne peut pas être ronde sans que l’autre le soit aussi. Ainsi, penser que le temps est linéaire comme une flèche, revient à penser que l’espace est plat comme une assiette, ce qui, comme nous le savons, est loin d’être sûr. Pourtant nombreuses furent les cultures qui, par le passé, ont cru en une terre plate, et nombreuses sont celles qui continuent encore de croire en un temps linéaire. Temps linéaire signifie que le passé ne se répète jamais, et que nous sommes dans un processus permanent d’évolution vers quelque chose de nouveau, que nous n’avons jamais vécu.

Peinture pour Hugo Heikenwaelder. Original de Camille Flammarion, "L'Atmosphere: Météorologie Populaire" (Paris, 1888), p. 163.

Peinture pour Hugo Heikenwaelder. Original de Camille Flammarion, « L’Atmosphere: Météorologie Populaire » (Paris, 1888), p. 163.

La possession de l’espace

LE MANQUE DE reconnaissance de la dualité entre les concepts d’espace et de temps nous conduit à ce que, lorsque nous en possédons un, nous acceptons d’être possédé par l’autre. Vouloir s’approprier l’un sans reconnaître que l’autre est son expression duale, signifie que nous acceptons d’être dominé par l’autre. Ce que nous observons, par exemple, dans la dualité entre le bien et le mal. Qui croit que ses actions sont tout simplement inspirées par le bien, au lieu de reconnaître que le bien visé peut aussi avoir un côté mauvais, rejetant le mal sur un autre, et le rendant ainsi dominé par le mal qu’il ne sait reconnaitre. Le nier en soi-même, le projeter sur l’autre, fait entrer sa dualité dans notre subconscient, pour finir par le laisser dominer nos actes. C’est la simple conséquence de la loi de la réciprocité, selon laquelle nous obtenons ce que nous donnons et nous perdons ce que nous délaissons.

Et de la même manière, la dualité combinée à la loi de la réciprocité qui régit l’Univers nous garantit aussi que en acceptant d’être dominés par l’un, nous aboutissons à posséder l’autre. Par exemple, de nombreuses cultures traditionnelles de la planète ont reconnu que, en tant que fils de la Terre Mère, ils lui appartenaient. Ils appartiennent à l’espace, ce qui les empêche d’abandonner leur terre natale.

peinture murale

Peinture murale de rue, auteur inconnu

Néanmoins ils ont la liberté de naviguer dans le temps, de sillonner ce temps de rêve, ce qui leur permet de voyager par ce que nous appelons passé et futur. Ils ne se sont pas laissés dominer par le temps, ils avaient plutôt la liberté de le traverser comme il leur plaisait.

Par contre, dans les sociétés modernes actuelles, nous avons la liberté de voyager dans l’espace, et nous ne considérons pas que nous appartenons à un lieu, mais plutôt que ce lieu nous appartient. Et nous avons fini par être prisonniers du temps, le concept dual de ce que nous croyions posséder. Comment cela a-t-il été possible ?

Prisonniers du temps

C’EST UN PHENOMENE assez récent. On peut dire que tout a commencé dans l’Angleterre de 1750. Pendant les 110 années qui ont suivi, le Parlement britannique a passé toute une série de lois, que l’on appelle «enclosure acts», qui ont mis fin aux droits communs sur la terre. En clôturant la terre, on disait littéralement “ceci est à moi”, permettant à son propriétaire de faire ce qu’il lui plairait avec elle. La terre est devenue quelque chose qui pouvait être possédé, à la différence du Moyen Age au cours duquel elle appartenait à Dieu, et le Roi avait la responsabilité de la préserver. Cela a provoqué une grande déforestation, car dès qu’une parcelle était clôturée, son propriétaire procédait rapidement à l’abattage des arbres pour la cultiver ou l’utiliser pour le bétail.

Deforestation

Benjamin West (1738-1820), Woodcutters in Windsor Park. Domaine Public

L’acte de clôturer la terre et de nous en croire propriétaire a déclenché la révolution industrielle, qui a elle aussi commencé en Angleterre et a eu lieu à la même période, de 1750 à 1860. En perdant leurs droits d’usufruit sur la terre qu’ils travaillaient depuis des générations, les paysans (plébéiens) migrèrent vers les centres urbains, et s’y reconvertirent en ouvriers.

Die Montagehalle der Maschinenfabrik par Escher Wyss à Zürich, 1875. Domaine Public.

Nous pensions donc pouvoir posséder l’espace, et deux siècles plus tard, c’est le temps qui a fini par nous posséder. Nous vivons tellement suspendus à l’horloge que nous avons fini par mesurer le temps, et pas seulement en heures, mais aussi en minutes, en secondes ou en millièmes de secondes. Nous essayons d’en atteindre toujours plus, et grâce à la technologie, nous voudrions même être dans plusieurs lieux en même temps, ce qui est clairement une prétention à vouloir posséder ou dominer l’espace. De plus nous voyageons en avion, pour parcourir en quelques heures des distances pour lesquelles, auparavant, il fallait des mois. C’est-à-dire que non seulement nous avons cherché à posséder l’espace, mais en plus nous n’avons pas voulu accepter les frontières qu’il nous imposait. Et c’est le temps qui a fini par nous dominer complètement, et nous imposer ses propres bornes.

Peut-être que nous avons élargi notre horizon spatial, ou du moins l’espace tridimensionnel que notre horizon peut atteindre, cependant, devenir prisonniers du temps a réduit notre horizon temporel. Ainsi, de nos jours, le cycle naturel le plus grand que nous reconnaissons est l’année, et pourtant nous sommes plus suspendus aux heures, aux minutes ou aux secondes qu’aux mois et aux années. Pourquoi être rivé sur les mois si, maintenant, tout le monde peut manger n’importe quel fruit ou légume à n’importe quelle époque de l’année ? Pour cela, il faut simplement les cultiver sous serres, les conserver en chambres réfrigérées ou les faire venir de l’autre hémisphère, où c’est l’été lorsque nous sommes en hiver. Et les années, comment ne s’additionneraient-elles pas l’une après l’autre, sur une ligne qui ne se répète jamais ? C’est la ligne du progrès, grâce à laquelle nous vivons mieux maintenant que nous ne vivions par le passé. Maintenant, nous sommes plus intelligents, plus sophistiqués, moins barbares, moins primitifs… Mais moi, je me demande : est-ce vraiment si sûr ?

Carte

Carte de l’Empire Britannique de 1886. Domaine Public

Non, ça ne peut pas être si sûr, car aussi grand que soit ce que nous savons, plus grand encore est ce que nous ignorons, et ce que nous avons su en son temps. En effet, grand est ce que nous avons oublié dans cette recherche aveugle du progrès. Entre autres choses, nous avons oublié de vivre en harmonie avec la Nature, en harmonie avec nos semblables et avec nous-mêmes. Nous avons oublié comment être heureux, en pensant que le bonheur allait nous arriver par la possession de l’espace et des objets qu’il contient. Nous sommes restés à l’aspect matériel de cette dualité que nous n’avons pas su reconnaître. L’espace émane de cet aspect matériel, nous faisant oublier son aspect immatériel, lequel définit le temps.

Le temps est quelque chose que nous ne pouvons pas toucher, et pourtant il régit nos vies. C’est quelque chose que nous ne pouvons pas voir, et pourtant il nous est impossible d’échapper à son regard. Nous essayons de le nier, en recouvrant les rides qui creusent notre visage. Nous essayons de le contrôler, en le régissant par les aiguilles d’une horloge. Et pourtant, c’est lui qui nous contrôle, c’est lui qui nous gouverne avec ses baguettes qui battent 60 fois par minute, au rythme de notre coeur. Il nous gouverne car le temps n’est rien de plus qu’un produit de l’esprit, et l’esprit nous dirige<./p>

Les aborigènes d’Australie n’ont jamais laissé leur esprit se perdre dans ce concept. Ils n’ont jamais cru en un titan appelé Cronos (Saturne pour les romains), fils de la Terre (Gaïa) et du Ciel (Ouranos), qui a castré son père et en a pris la place. Cronos a fini par dévorer ses propres enfants, de peur qu’ils ne lui prennent sa place. Parmi eux, il a dévoré Déméter, Déesse de l’agriculture, et Héra, Déesse des femmes et du mariage. Il représente le temps, qui dévore tout, le temps qui en finit avec l’équilibre environnemental et le matriarcat, pour créer une société patriarcale dissociée de la mère nature.

Francisco de Goya, Saturne Dévorant ses enfants (1819-1823). Domaine Public.

C’est le rêve qui se termine, un rêve faux qui prend fin. Pour comprendre ce changement de rêve, il faut comprendre un autre type de temps, celui que j’appelle le “temps sacré”, et dont traite mon prochain article.

Traduit par : Fabien Fagot

Share on Pinterest
More share buttons

Vous pouvez également lire cet article en Espagnol Anglais

Marc Torra
Marc_amb_dues_papallones

Originaire d'Urus, un petit village des Pyrénées-Catalanes, et après s'être licencié à l'Université de Barcelone, Marc est parti vivre à l'étranger. Depuis lors, il a vécu et travaillé dans presque tous les continents. Au fil du temps passé dans ces différents pays, il commença a relier entre elles les différentes cultures et façons de penser qu'il y a rencontré, en particulier celles de ceux que l'on appelle les “gens de terre”. A leurs côtés, il apprit une façon différente de raisonner et découvrit aussi que le futur de la planète dépend de notre habilité à apprendre de ces cultures ce qu'elles peuvent nous apporter.